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Pour les migrants, pas d’aide alimentaire sans carte de séjour

(LP/O.B.)

 « On pensait pourtant que la devise du Secours populaire était : tout ce qui est humain est nôtre...» Consternation parmi les militants de Solidarité Migrants. Ces derniers ont découvert avec stupeur que l’antenne beauvaisienne du Secours populaire refusait l’aide alimentaire régulière aux demandeurs d’asile qui ne détenaient pas de carte de séjour. Une mesure que l’association juge discriminatoire.

Ainsi, dans une lettre ouverte adressée à Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, les bénévoles de Solidarité Migrants se disent « choqués » par la pratique. Ils regrettent notamment que les critères définis par les pouvoirs publics concernant l’accueil des migrants qui fuient la guerre et la misère soient utilisés par une association réputée et reconnue pour son action de solidarité nationale et internationale. Une action qui consiste à fournir un peu de nourriture aux plus démunis.

« De fait, les migrants, déjà en proie à des tracasseries administratives et policières, se retrouvent privés d’aide alimentaire » regrette-t-on au sein du collectif avant de rappeler : « Beaucoup de ces personnes sont sans papiers. Elles n’ont droit à aucune prestation sociale, ni familiale, et n’ont même pas le droit de travailler...»

Menace sur le programme d’aide alimentaire aux plus démunis

Du côté de l’antenne beauvaisienne du Secours populaire - qui vient en aide à 400 familles sur le ressort de la ville-préfecture - on réfute toute notion de discrimination. « En réalité, cette mesure est assez courante et elle répond à un souci de traçabilité des colis, justifie Jean-Pierre Gimgembre, le responsable de l’antenne. C’est l’Union Européenne qui nous fournit une grande partie de nos produits et nous devons aussi leur rendre des comptes. On ne fait pas ce que l’on veut. Nous devons leur faire remonter à qui nous distribuons telle ou telle aide. »

L’UE s’avère en effet de plus en plus vigilante concernant le sort réservé aux aides qu’elle accorde. Et pour cause : la réduction des stocks d’interventions préconisée par la politique agricole commune (PAC) menace depuis plusieurs années maintenant le programme d’aide alimentaire aux plus démunis (PEAD), considéré comme une contribution à « la lutte contre la faim » des populations les plus pauvres des pays membres. Les réserves de viandes bovines, par exemple, n’existent plus. Les stocks de riz, de poudre de lait ou de beurre sont, eux, devenus insuffisants pour couvrir la demande des associations caritatives. « Cela ne nous empêche pas de distribuer aux demandeurs d’asile des colis exceptionnels avec des produits qui ne sont pas fournis par l’Union Européenne, précise Jean-Pierre Gimgembre. En revanche, pour obtenir une aide régulière, il faut au moins présenter une carte de séjour. »

Inacceptable pour Solidarité Migrants qui appelle le Secours populaire à renouer avec « l’inconditionnalité de l’accueil ».

Les Restos fidèles à l’inconditionnalité de l’accueil

L’Union européenne ne fournit pas seulement le Secours populaire. Ses produits sont distribués à d’autres associations caritatives et notamment aux Restos du cœur. Par conséquent, l’association créée en 1985 par Coluche doit, elle aussi, lui rendre des comptes. Néanmoins, dans l’Oise, les Restos ont fait le choix de ne pas réclamer de pièces d’identité à ceux qui implorent leur aide. « C’est contraire à nos idées, relève l’un de ses responsables. On est fermement accroché au caractère inconditionnel de l’accueil. On se voit mal refuser une aide alimentaire à des personnes, qui, par définition, ne sont pas en mesure de nous présenter une pièce d’identité… »

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